Une nouvelle vague de créateurs séduisants à l’origine de collections fortes et sophistiquées, présentant des silhouettes architecturales aussi bien que des looks au charme sobre, a fait de la capitale espagnole un acteur définitivement indéniable du monde de la mode.
Ce n’est pas dans la nature de ce monde mystérieux mais tout aussi merveilleux qu’est celui de la mode d’accueillir de nouveaux venus, mais Madrid revendique clairement sa place dans le milieu de la mode, que cela plaise ou non. Armée d’une nouvelle vague de créateurs séduisants et d’une tradition puissante en termes de commerce, la capitale espagnole a su montrer cette semaine qu’elle était tout simplement capable de concurrencer New York, Londres, Paris et Milan en termes de couture, même si c’est pour le moment davantage à l’échelle des boutiques.
Les défilés agréablement rythmés que nous avons pu admirer ces six derniers jours nous ont permis, à nous spectateurs, de réellement apprécier le talent des créateurs locaux. Cela n’a rien de surprenant si celui qui nous a le plus impressionnés est le golden boy madrilène Davidelfin, revenu chez lui après trois saisons de défilés à New York. Empli d’une vision créative, le designer flegmatique nous a éblouis avec son interprétation sophistiquée des silhouettes minimalistes et architecturales, présentant des collections égalant en qualité celles des acteurs les plus visionnaires du monde de la mode. Delfin nous a proposé pour la saison prochaine des pièces à base de blocs de couleur savamment orchestrés, telles que des maxi-robes stoïques et d’ingénieuses tenues tout-en-un pour les hommes et les femmes, avec par exemple des pans de gilets, des poches blazer et de minuscules cols blancs, trahissant son affection pour le travail anarchiste de Joseph Beuys.
Juste derrière lui, le travail provocateur d’Ion Fiz. Fiz, qui fut un temps le filleul de Delfin, nous a présenté une collection automne/hiver empreinte de charme sobre, le créateur ayant utilisé des teintes ombrées, inspirées d’un coucher de soleil dans le désert. Des pantalons en cuir bordeaux, des blouses tombant en cascade et des étoles de fourrure généreuses véhiculaient une vague de séduction puissante, tandis que de longues robes tourbillonnantes dans des tons crépusculaires, ou sérigraphiées (la marque de fabrique du designer) de branches d’arbres, ajoutaient une complexité sombre à la collection. Pour les hommes, les vestes en daim marron, les pantalons slim aubergine ou les chemises à motifs bleu ardoise étaient empreints du même mystère, pour un final fort et cohésif.
Juan Duyos nous a offert une perspective différente mais tout aussi impressionnante, avec des créations ultra-féminines pour la saison prochaine. Des vestes cocons, des pantalons taille haute décontractés et des robes éthérées dans des tons de crème glacée, le tout imprégné d’une élégance simple et désinvolte. Un parfum de début des années 80 flottait dans l’air, depuis l’utilisation de mohair par le créateur jusqu’aux détails à l’inspiration vintage, tels que les blouses bien sages boutonnées dans le dos et autres silhouettes rétro. Le résultat final était délectable et des plus tentants – un objectif dont tous les créateurs rêvent mais que peu parviennent à atteindre.
Au milieu de cette rafale de nouveaux talents montants, il convient de ne pas oublier d’accorder une mention honorable aux « anciens », tels que Roberto Verino et Devota & Lomba, qui ont su prouver à leurs jeunes concurrents qu’il était possible de trouver le juste équilibre entre mise en scène artistique et production d’une collection tenant commercialement la route. Verino a misé sur un orientalisme extravagant, en envoyant sur le podium des mannequins à l’apparence d’aliens vêtues de pièces attirant le regard, ornées de fourrure, de paillettes et de broderies à couper le souffle.
De même, le vétéran Devota & Lomba a présenté des vêtements pour les hommes et pour les femmes, dans des formes et des longueurs classiques, rehaussés de plis en forme de pétales inspirés des origamis et de coupes créatives. Adolfo Dominguez a également brillamment montré qu’être l’un des acteurs principaux de la scène de la mode ne devait pas impliquer de compromis sur la créativité, et a fasciné les spectateurs avec ses robes aux tons fluos et ses coupes très ajustées.
Avec de tels talents, il s’écoulera peu de temps avant que le monde entier n’ait d’yeux que pour la mode espagnole. Son avenir s’annonce pour le mieux.
Roberto Verino et Adolfo Dominguez sont présents à Las Rozas Village et à La Roca Village
04-03-2011